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Yaoundé : Le peuple pleure Ateba Eyene à sa manière.

dimanche 30 mars 2014


Les forces de maintien de l’ordre et le protocole ont très vite été débordés par les milliers de jeunes mobilisés pour ces obsèques.

9 h15. L’hôpital général de Yaoundé a l’air de vivre un de ses jeudis ordinaires ce 27 mars 2014. Seule la présence d’une dizaine de policiers est susceptible d’attirer l’attention, surtout pour qui ignore qu’aujourd’hui a lieu la levée de corps de Charles Ateba Eyene. Elle a lieu à 10h. Mais déjà, tous les sièges sont occupés. Ainsi, de nombreuses personnes sont debout, dehors, à attendre le début de la cérémonie, Des photos de l’écrivain sont en évidence dans la salle. Quelques gerbes de fleurs sont posées çà et là. Celle offerte par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti dont le défunt était membre suppléant du comité central, est à l’entrée de la morgue. Le mot qui l’accompagne est bref : « Profonds regrets du Rdpc ».

Le général Pierre Semengue et son épouse ont pris place dans le carré encore clairement- réservé aux personnalités. Bientôt 10h. La foule se fait plus nombreuse dehors. Le soleil qui darde dans le ciel n’est pas du tout clément. Pourtant, ces jeunes n’ont pas l’air de s’en préoccuper. Dans la salle de cérémonie, ceux n’ayant pas de place assise se marchent déjà dessus. La température monte, tout comme la peur du moment où la dépouille sera conduite dans cette salle. Les arrivées se poursuivent Christophe Mien Zok, Paul Célestin Ndem-biyembe, David Nkotto Emane (Dg de Camtel), etc. tous cadres du Rdpc.

Lorsque les célébrants s’avancent vers l’autel, des cris de femmes viennent entraîner un émoi collectif. Les pleurs ont vite fait leur effet de contagion. C’est un concert de lamentations. Martin Oyono, député Rdpc de l’Océan, écrase une larme. Il protège ses yeux quelques secondes à l’aide d’un mouchoir blanc. Après quelques minutes, le calme revient. Mais pas pour longtemps. A peine le pasteur célébrant a-t-il pris la parole que de dehors, on entend crier la foule. Les jeunes acclament l’arrivée de Pascal Messanga Nyamding, camarade et proche du défunt. Quelques instants après, c’est le même scénario. Cette fois, c’est Roger Milla qui fait son arrivée. Il est accompagné de Robert Mouthé Ambassa, autre militant du Rdpc. Les jeunes ont entonné l’hymne national, ce qui perturbe davantage le sermon du pasteur.

La foule grandit. Il faut se faire encore plus petit pour pouvoir respirer. Impossible pour tout ce monde de faire le tour du cercueil. Le protocole se passe de ce rituel. Le cercueil n’est même pas ouvert, La suite du programme prévoit que le corps soit directe¬ment conduit à Mfou, où résidait le défunt.

Changement de programme

Tandis que des policiers essaient de frayer un passage pour que la dépouille soit installée dans le corbillard, la tension monte. Des jeunes refusent de dégager l’entrée de la morgue. Ils veulent porter le cercueil de celui qu’ils présentent comme leur leader. « Pourquoi vous faites ça ? Il avait dit à la radio qu’il ne voulait pas de corbillard à son deuil. Pourquoi vous faites ça ? ». Ainsi hurle un jeune homme, la larme à l’œil. Des échauffourées s’en suivent. La foule n’est pas d’accord et le fait remarquer par des « non » à gorge déployée. Les fans d’Ateba Eyene sont venus le voir une dernière fois. Et s’ils ne le peuvent, ils souhaitent au moins le porter, l’accompagner. Ils sont plus d’un millier. Face à eux, les policiers et gendarmes en sous-nombre ne peuvent qu’y consentir. Bien malgré eux.

Le cercueil est péniblement placé dans le corbillard par des « gorilles ». Commence alors une procession sans réelle destination. La foule prend les rênes dès la sortie de l’hôpital et impose vite son itinéraire. Le cortège ne fait que suivre la marée humaine qui avance tout simplement. Elle s’étend sur environ 1km. En tee-shirt floqué de l’image du défunt pour certains, en vêtements de couleur sombre pour d’autres, ils entonnent des chansons. « Ateba... dit leur la vérité », entend-on.

Un chant en l’honneur du Président de la République est parodiée au passage : « Ateba, Ateba, notre président, notre président, Ateba toujours vivant.

Héros national

Les jeunes ont érigé Ateba Eyene en héros national - c’est ce qui est écrit sur les tee-shirts qu’ils arborent et comptent lui rendre un hommage digne de ce rang. La procession s’ébranle sur le quartier Ngousso, paralysant la circulation déjà très embouteillée sur cet axe. A leurs balcons, sur le trottoir, devant leurs commerces, ils restent bouche bée devant une telle mobilisation. Rien ne perturbe la marche, pas même les klaxons assourdissants du camion de la gendarmerie nationale. Pascal Messanga Nyamding, Valsero et les nombreux jeunes sont déterminés à accompagner Ateba Eyene, quitte à changer d’itinéraire.

Il est déjà 13h. La procession n’est encore qu’au quartier Omnisports, non loin du stade. La marche est ponctuée d’arrêts à répétition et l’organisation, débordée, a pris du retour sur son programme. Les fans de Charles Ateba Eyene ne veulent pas s’éloigner du corbillard et voient toutes manœuvres comme une tentative de détournement du corps. Finalement, un nouvel itinéraire est tracé. Plus de détour à Mfou. Contents, les jeunes poursuivent leur marche en écoutant des interventions radio de Charles Ateba Eyene diffusées par le véhicule publicitaire préparé pour l’occasion. Texaco Omnisports - Bata Nlongkak - Rond-point Nlongkak - Carrefour Warda - Poste centrale et enfin Paroisse Marie-Gocker à Elig-Essono.

Hommage au Boulevard du 20 mai

Avec ses grandes balafres, le commissaire divisionnaire Malla, le pas alerte, le visage froncé, débarque au carrefour Warda. Il est venu en soutien au commissaire divisionnaire Benjamin Kwayep, et au commissaire divisionnaire Martin Claude Foh Soua. Ce dernier exige que la foule qui accompagne le corbillard aille plus vite pour pouvoir libérer la voie. Le cortège s’ébranlait pourtant jusqu’ici sans histoire. Soudain, ça se durcit. Un deuxième camion anti-émeute arrive sur les lieux. Les policiers en casque ont sorti leur matraque. Ils essayent de disperser cette marée humaine. En riposte, ceux-ci s’asseyent à même le sol. « Vous allez tous nous tuer ici, le corbillard n’ira nulle part, vous irez à notre rythme, on doit arriver au Boulevard du 20 mai triomphalement et rendre hommage à Charles Ateba Eyene », lance un étudiant au Colonel Djeugang de la gendarmerie nationale.

Mathias Eric Owona Nguini s’en mêle pour calmer « le peuple ». Il devient leur porte-parole auprès des hauts gradés de la police et de la gendarmerie. « Vous risquez de créer une catastrophe ici. Ce camion anti-émeute n’a rien à faire ici. Ces gens-là demandent juste à se rendre au Boulevard du 20 mai. Il est préférable de les laisser faire et de les encadrer comme vous le faites. Mais ne brutalisez personne », conseille Owona Nguini aux hommes en tenue sur un ton ferme « Monsieur, je ne suis pas un enfant. Ne vous adressez pas à moi ainsi, je vous connais et je vous respecte. Il est 15h. On ne va pas passer la journée ici. Cela fait 4h qu’on marche. Ici nous sommes au carrefour Warda. C’est un axe central, les gens doivent pouvoir circuler. Il faut dégager la voie. On ne va pas bloquer les routes toute une journée. Ne prenez donc pas d’engagement que vous ne pouvez pas assumer par la suite », lui rétorque, le commissaire divisionnaire qui a revêtu son casque de chérif.

Entre-temps, Martin - Claude Foh Soua a Martin Mbarga Nguele, le Dgsn, au bout du fil. Foh Soua reçoit vraisemblablement des instructions. Les policiers se sont calmés. Le deuxième car anti-émeute a rejoint « gentiment » le cortège. Et « le peuple » poursuit à nouveau son itinéraire. Au rond-point de la primature, la foule a triplé a vu d’œil. Les voici au Boulevard du 20 mai où tout ce monde marque un arrêt. Le corbillard aussi. L’hymne national, « 0 Cameroun berceau de nos ancêtres » retentit une énième fois. Les drapeaux du Cameroun flottent. Des larmes perlent sur les visages. C’est l’hommage de ces gens-là à Charles Ateba Eyene. Ils sont désormais plus de 2000 environ.

Pascal Messanga Nyamding, tient un discours de circonstance pour saluer la mémoire de Charles Ateba Eyene. « C’est notre place Tahrir », s’écrie-t-il. Mathias Owona Nguini lui emboîte le pas. Etudiants, vendeurs à la sauvette, bayam-sellam, badauds, etc... peuvent ensuite donner de la voie pour accompagner le corbillard. Il est un peu plus de 16h, le corps d’Ateba Eyene ne fera plus d’escale à son domicile de Mfou. Il y était attendu à 12h. Sous bonne escorte, sirène hurlante, le cortège quitte le Boulevard du 20 mai plutôt pour la paroisse Epc Marie-gocker à Elig-essono. La chapelle est aussitôt prise d’assaut par les mêmes qui ont fait la marche depuis l’hôpital général de Yaoundé Ngousso. Après 5h de marche et de tiraillement avec la police et la gendarmerie, ils ont toujours de l’énergie pour chanter « 0 Cameroun berceau de nos ancêtres » à l’entrée de l’Eglise. Il faut jouer des coudes pour trouver une place assise à l’intérieur. A la morgue, un peu plus tôt, la dépouille n’a pas été exposée. La famille de Charles Ateba Eyene est inconsolable lorsqu’elle le dé-couvre couché, les yeux fermés, le corps inanimé. Il s’est donc tue à jamais.

Par Irène Fernande Ekouta et Eitel Elessa( Le Jour)

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