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Scénario : Au commencement était un film en hommage à Pius Njawé

jeudi 4 avril 2013


« 139…les derniers prédateurs » est une fiction qui met en lumière la difficulté de la pratique du journalisme dans des Etats dictateurs d’Afrique et salue par ailleurs le courage des hommes de presse qui sont morts dans l’exercice de leurs fonctions.

Moteur, ça tourne ! Le film a pour thème directeur « dictature politique en Afrique et liberté d’expression en milieu journalistique ». Suffisant pour comprendre la trame de cette fiction produite et réalisée par Richard Djif. En fait, la question des brimades et des incarcérations répétées concernant les journalistes, en l’occurrence le chantre de la liberté de la presse, Pius Njawé (décédé en juillet en 2010 dans un accident de la circulation aux Etats-Unis, Ndlr) lui ont d’abord donné l’idée en 1997 d’écrire un roman qui traite de la déontologie et de l’engagement journalistique. Mais « étonné par les problèmes de démocratie et du nombre de guerres civiles en Afrique, je voulais plutôt explorer ces thèmes encore plus sociaux. Je me suis donc dit qu’un film serait encore plus vivant qu’un roman. C’est finalement le meurtre du journaliste de Rfi, Jean Hélène le 21 octobre 2003 qui donne le déclic », confesse-t-il. Grâce à de modestes moyens et bercé par l’envie de présenter au goût du jour ces abus dont sont victimes au quotidien les journalistes, Richard Djif se lance dans cette nouvelle aventure.

Surtout qu’ « il m’est clairement apparu que les meurtres de journalistes sont souvent orchestrés, commandités ou couverts par des pouvoirs politiques dictatoriaux », ajoute le réalisateur. Le film se déroule à Yaoundé à travers de nombreux retranchements, des quartiers et des espaces urbains retirés qui contrastent avec le somptueux palais du président. 139…les derniers prédateurs parle d’une manière générale de liberté d’expression et de dictature. Il a donc un caractère très engagé. Il s’agit en clair, d’une investigation journalistique dans un pays imaginaire en Afrique nommé le Chimpanz. Deux journalistes (John Hélézong et Norbert Kaka) enquêtent sur un régime pour percer le mythe de l’immortalité du président, son excellentissime Grand Papa Ndem ; un tyran qui a fait 139 ans au pouvoir et qui se fait passer pour le tigre immortel. Ses agissements, ses discours et son imprévisibilité sont révélateurs d’un sadisme sans scrupule. En face, l’opposant Nirien le Rebelle s’affirme comme un prédateur violent, narcissique, lâche, et traître. Ce dernier réfléchit comme beaucoup d’hommes politiques et n’a de cesse de répéter qu’ « en politique les morts font partie du jeu, le génocide est un vain mot, seuls les vivants comptent ».

Autre personnage, Franklin Njawé. Seulement âgé de neuf ans, c’est le plus jeune de tous. Arraché à sa famille par les hommes de son excellentissime, il est présenté comme le vice président du Chimpanz, vice président du dictateur. Une fonction qu’il rejette pour construire un rêve, celui de devenir journaliste. Un vœu qui va tourner presque au supplice. En fait c’est une « jungle politique faite de tigres, de lions, de chimpanzés et de perroquets qui changent à leur manière les règles de la jungle ». Le film avec force et détails visuels questionnent les circonstances dans lesquelles les soldats du micro et de la plume bravent la mort pour sauver la vérité. Ce film invite le spectateur à une partie de chasse où deux prédateurs (le président et son opposant) à l’ultime bataille se déchirent au point de devenir des proies, des carcasses pour le vautour qui a pour mission de nettoyer les lieux sans devenir lui-même prédateur.

Lâcheté

C’est au final une scène où le narcissisme, la lâcheté, la violence et l’amour rappellent la nature même de l’Homme. Toutes choses qui plongent le cinéphile dans ces sociétés où la démocratie est un luxe et le journalisme un métier de trop. Jacobin Yaro et André Bang qui jouent les rôles principaux les incarnent à la perfection. A déplorer cependant dans cette fiction, certains petits détails que le réalisateur semble avoir oublié. D’abord la durée (1h 29 min) entrecoupée par certaines scènes jugées inutiles. A la limite, celles-ci lasses le cinéphile. De plus, la musique (parfois supérieure aux voix) qui a tendance de diluer les dialogues n’est pas pour rendre le message accessible. Surtout dans un film qui parle de conquête de libertés. Des détails qui devraient être pris en considération par l’équipe de production afin que le film soit plus compétitif.

Titre : 139…les derniers prédateurs ; Genre : Fiction ; Durée : 1h 29 mn ; Format : Dv Cam ; Ratio : 4/3

Par Christian TCHAPMI (Le Messager)

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