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Sa Majesté Jean Rameau Sokoudjou « L’engagement des chefs traditionnels dans les partis politiques n’est pas honorable »

samedi 11 janvier 2014


Du haut de ses 80 ans et de plus d’1, 90m, il fait partie des Chefs traditionnels les plus respectés à l’Ouest, voire au Cameroun. Une notoriété acquise dans sa liberté de ton. Comme il le souligne lui-même, il n’y a point pour lui de sujets tabous. Le roi des Bamendjou les affronte tous avec la même aisance, même ceux que n’oseraient pas évoquer publiquement ses pairs. Fidèle à ce crédo, il a accepté en ce début d’année de répondre aux sollicitations de votre journal sur bien des questions sensibles : le salaire des chefs, la dichotomie chefferie et politique, ses rapports avec le Mrc de Kamto…

En 2013, le chef de l’Etat a décidé d’accorder un salaire aux chefs traditionnels. S’agit-il d’une simple mesure d’accompagnement ou une forme d’instrumentalisation, selon vous ?

D’emblé, je vous remercie de me donner la parole. Lorsque vous parlez de la dernière mesure du chef de l’Etat concernant les chefs ou la chefferie traditionnelle, je vous voudrais vous rappeler que je suis l’un de ces anciens chefs qui a d’abord été un collecteur d’impôts. La mesure du chef de l’Etat est une bonne chose. Mais je vous rappelle que dans les années 1955 et 57, les chefs avaient des primes après les collectes d’impôts, à un moment, ils avaient aussi ce qu’on appelait prime de rendement en guise d’encouragement. Puis il y a eu des émoluments. Maintenant, personnellement, je me demande : ce que le chef de l’Etat va donner aux chefs traditionnels s’appellera salaire ou émoluments ? Je le dis parce que si c’est le salaire, cela voudrait dire que désormais, nous sommes les salariés de l’Etat. Mon point de vue ne va certes pas plaire à certains de mes compères, pourtant c’est une réalité. Avant j’étais encouragé pour avoir placé des tickets d’impôts, maintenant, je le serai pour avoir fait quoi ? Je dis merci d’avance, mais ça sera une compensation pour quel service rendu à l’Etat ? Moi je suis à la fois un planteur, un commerçant qui paie ses impôts. Je ne vois pas la recette que ça fournit à l’Etat pour que je puisse mériter un salaire.

Quels regards jetez-vous sur le déroulement des trois scrutins qui ont eu lieu en 2013 au Cameroun et spécifiquement dans la région de l’Ouest ?

Je voudrais d’abord remercier l’introduction de la biométrie dans notre processus électoral. Parce que la biométrie a permis de constater même à un aveugle qu’il avait truquage des élections depuis 1992. Sinon comment en est-on arrivé subitement à 500 électeurs dans une zone où, il y avait souvent 1000 électeurs par exemple. C’est dire qu’avec la biométrie, on s’est retrouvé face à la réalité sur le terrain. Je dis merci pour ce pas qu’on a fait. Je pense que la démocratie n’est pas l’œuvre d’une journée. L’introduction de la biométrie est déjà un premier pas en avant. J’espère qu’à l’avenir, on va continuer pour arriver à une élection transparente et non à une élection truquée. Car avec les élections truquées, on n’est pas face aux élus du peuple, mais face aux élus inventés par truquage. Je sais bien que la démocratie c’est aussi la raison du plus fort, il faut toujours fabriquer des majorités pour se maintenir. Toutefois, puisque la démocratie n’est pas le travail d’une journée, on a déjà fait un grand progrès.

Après les résultats des sénatoriales d’avril dernier, le président de la république a nommé 30 sénateurs dont trois à l’Ouest. Qu’auriez-vous fait si son choix avait été porté sur vous ?

La nomination par le chef de l’Etat est à sa seule discrétion. Seul lui peut dire pour quelle raison il a choisi tel ou tel Camerounais. Je ne pense pas que j’aurais dit non si le chef de l’Etat me choisissait comme sénateur. Malheureusement, mes prises de positions n’ont pas été favorables pour que je sois choisi parmi les autres.

Pour vous, un chef traditionnel devrait-il être politiquement engagé ?

C’est surtout dans certaines régions du Cameroun où les chefferies traditionnelles sont beaucoup respectées. Je pense que, le chef en tant que citoyen est libre de prendre des positions et des engagements en matière politique. Mais la position qu’il occupe, les honneurs qu’il reçoit de son peuple ainsi que tous les privilèges qu’il a, personnellement ce n’est pas encourageant qu’un chef entre en compétition avec son peuple. Lorsque le chef s’engage, ça veut dire qu’il peut être candidat, militer dans un parti politique et aller en compétition contre ses sujets. Ce qui est une aberration. Bien qu’étant citoyen libre, il ne peut pas voter pour deux personnes. Il doit opérer un choix qui doit rester discret. Pour moi, l’engagement des chefs dans les partis politiques n’est pas honorable.

Revenons à 2013 avec les municipales et les législatives. Il se murmure que la sympathie que vous aviez pour le Sdf a basculé au profit du Mrc, d’où les résultats flatteurs que ce parti a enregistrés chez vous. Info ou intox ?

Il arrive souvent que les gens me jugent mal. Tout ceci va de mon comportement. Il faut que les gens sachent que je suis un nationaliste. Avant l’indépendance du Cameroun, j‘ai été interné dans plusieurs prisons du Cameroun et j’ai subi toutes les menaces de l’administration coloniale française sous prétexte que j’étais upéciste alors que les militants de l’Upc, ceux qui sont morts, savent que je n’ai jamais milité dans l’Upc. Lorsque je recevais récemment le prix Mounié qui m’a été décerné à Genève, j’ai eu l’occasion de dire à la délégation qui me remettait ce prix que je n’ai jamais été un militant de l’Upc. Depuis l’indépendance du Cameroun, j’ai milité dans l’Uc, l’Unc et le Rdpc. Dans un premier temps parce que c’était les partis uniques. A partir du moment où, il y a eu multipartisme, en tant que chef, j’ai choisi de ne militer dans aucun parti politique. Mais ça n’exclut pas mes opinions en tant que nationaliste. Je continue à dire que tout parti politique créé au Cameroun et qui a tendance de défendre l’intérêt du Cameroun, doit compter sur moi. Ce n’est pas pour cette raison que le Mrc, l’un des derniers partis politiques créé au Cameroun et que les gens ont eu espoir et ont afflué, qu’on doit dire que la sympathie que j’avais pour un quelconque parti a basculé pour le Mrc. Là je dis publiquement que je garde la même sympathie pour tous les partis politiques qui peuvent œuvrer pour l’intérêt du Cameroun.

Vous avez suivi on le suppose, le discours de fin d’année du chef de l’Etat. Un commentaire ?

Ce n’est pas parce qu’on parle en bien du chef de l’Etat qu’on vous qualifie de bon politicien. Je ne pense pas que cela est digne de moi. Le chef de l’Etat a présenté les vœux au peuple camerounais comme tous autres chefs d’Etats africains ou du monde. Or quel commentaire faire lorsqu’un chef d’Etat s’adresse à son peuple, je ne suis pas journaliste. Encore que les journalistes ne feront des commentaires que dans le sens positif. En tout cas, je ne suis pas la personne indiquée à faire le commentaire du discours d’un chef d’Etat.

Bientôt 10 ans qu’on parle de décentralisation au Cameroun. Quelle est votre vision de ce concept en tant qu’autorité traditionnelle ?

Avant que la décentralisation ne soit en marche au Cameroun, j’avais déjà reçu dans mon palais des personnes pour échanger sur la question. A ce jour lorsqu’on parle de la décentralisation, ça sonne dans la tête de tous. Ça dire que le peuple est impliqué. Mais je continue à dire que c’est un peu difficile que le peuple ressente immédiatement les effets de la décentralisation. Parce que la corruption est institutionnalisée dans notre pays. Il n’est pas encore temps d’évaluer. Sinon la décentralisation sur le terrain ne peut présenter que des effets négatifs. Je dis merci à un grand document que le Feicom a sorti sur les communes du Cameroun. En le parcourant, on constate un échec dans la gestion des collectivités décentralisées. Je prends l’exemple de certaine commune où j’ai constaté en détail que la construction d’une salle de classe remonte à 14 millions Fcfa par rapport au financement du Feicom. Mais concrètement, on ne le ressent pas. Pourtant la décentralisation pouvait être une bonne chose si le peuple était impliqué à la gestion des financements.

Comment faire pour qu’il y ait cohésion entre l’autorité traditionnelle et l’élite politique ?

Votre question est complexe, mais pas si difficile que ça. Il s’agit là de deux corps que j’ai toujours voulu interpréter aux gens et j’ai toujours été incompris. La monarchie ne peut pas s’entendre avec la démocratie, c’est une chose impossible qui ne s’est encore vue dans aucun pays au monde. C’est soi l’un, soit l’autre. Le mot élite à mon avis est mal interprété parce qu’il implique, l’idée de meilleur des meilleurs. On parle d’élite bourgeoise, politique, et intellectuelle. C’est tout cet ensemble qui constitue la communauté. On a tendance à confondre élite et élite politique. Si en tant que monarque, j’ai mon peuple en main, l’élite qui s‘incline vers la politique n’aura plus l’accès facile dans mon domaine. Moi non plus, je n’aurais pas l’accès facile. Il y a un combat entre l’élite et la monarchie. Donc, il ne peut pas avoir cohésion entre l’élite politique et pouvoir traditionnel. A l’Ouest, la monarchie est entrain de céder à la démocratie. A cause du pouvoir politique qui utilise de l’argent pour acheter la mort de la monarchie.

Bientôt la célébration du cinquantenaire de la réunification du Cameroun à Buéa et vous êtes l’un des pionniers encore vivant de l’indépendance et de la réunification. Quel est votre regard aujourd’hui de l’intégration nationale ?

Vous me posez là une question à laquelle, mes réponses ne peuvent que faire mal. S’agissant de la réunification, à l’Ouest par exemple, j’ai été commissaire aux comptes lorsqu’il fallait mettre sur pied ici à l’Ouest une commission pour notre contribution pour la réunification. Nous avons collecté des fonds pour donner à John Ngu Foncha et autres dans l’optique de les encourager à œuvrer pour la réunification du Cameroun. Combien de personnalités qui ont contribué pour cela sont encore vivantes, du moins dans la région de l’Ouest. Personnellement, je ne suis pas concerné. S’agissant de la réunification, en 1955, lors des événements de Douala, l’Upc chantait avec pour mot d’ordre, l’intégration et l’unité nationale. Aujourd’hui pour la célébration des cinquante ans de la réunification du Cameroun, je me demande quels sont les personnalités conviées. N’y-a-t-il pas des camerounais encore vivant qui ont beaucoup œuvré pour cette réunification ? Et en leur mémoire, qu’est-ce qui a été fait ? S’agissant de l’intégration nationale, elle ne devrait pas être un slogan, mais une réalité. Car ma vie, ma propre vie est le produit de l’intégration nationale. J’insiste parce qua ma mère et mon ne m’ont donné que naissance. Mais quant à ma vie, elle est le produit de tous les camerounais. Je ne peux pas citer les régions du Cameroun où j’ai été élevé. Ce grâce à l’effectivité de l’intégration nationale. Entre les mains des Nordistes où je m’étais retrouvé, ils n’ont jamais eu besoin de me demander de quelle région je suis. Lorsque je célébrais mes cinquante ans de règne, une maman du nord a envoyé une gandoura qu’on me remette parce qu’elle est ma mère. On n’entendait pas ces précisions de Centre, Sud et autres. Aujourd’hui, je suis successeur de mon père chez les Béti. Si ce qu’on vit aujourd’hui se vivait auparavant, j’aurais été tué depuis. Peut être chez les Bassa quant je marchais à pied de Yaoundé à Douala. Quand je traversais partout je me trouvais, c’était chez moi, on ne me demandait pas ou de quelle tribu ou de quelle région j’étais. C’était là, la vraie intégration nationale. Mais après l’indépendance du Cameroun, on a cultivé le tribalisme si bien que dans certaines régions, on a honte de dire de quelle région on est. Je pense qu’il faut faire quelque chose pour qu’il ait effectivement l’intégration nationale.

Quelle suggestion vous faites pour un Cameroun véritablement émergent ?

L’émergence du Cameroun doit d’abord commencer par la lutte contre la corruption, le tribalisme. Parce que ces deux maux sont entrain de trop miner le Cameroun. Lors de la toute première assemblée territoriale du Cameroun¸ on était surpris de constater qu’après les élections, sur les 120 membres de l’assemblée territoriale, il s’est avéré que l’Ouest était représenté à 70% parce qu’un ressortissant de l’Ouest qui se trouvait soit à Ngaoundéré, Garoua et autres. Ils étaient dans ces localités comme habitants et résidents. Or aujourd’hui, ce n’est plus possible. Tant qu’on ne combat pas ce système là, l’émergence va rester un slogan. Il y a encore dans certaines régions du Cameroun où les autres ne peuvent pas investir comme ils peuvent. Si c’était au cours d’un débat, d’autres me diront qu’il est difficile d’investir à l’Ouest. Venant de Bamendjou, j’achète le mètre carré de terrain au même prix que tout autre Camerounais. Je suis prêt à investir partout comme si c’était chez moi. Il faut qu’on combatte ces maux là. Le tribalisme et la corruption afin que les gens qui sont aux commandent sachent qu’ils gèrent pour l’intérêt général et non pour eux. C’est vraiment incompréhensible que lorsqu’à une échéance politique, qu’on demande par exemple à un Douala qui vit à Bafoussam et qui veut être candidat d’aller se présenter à Douala. Dans ce cas, est ce que Bafoussam n’est pas chez lui ? Je pense qu’il est chez lui et peut se faire élire maire à Bafoussam comme tous les autres. Nous devons véritablement nous débarrasser de toutes ces séquelles pour qu’il y ait véritablement émergence.

Quel vœu formulez-vous pour le Cameroun en 2014 ?

En plus de ce que je viens de dire, c’est de demander à mes chers frères Camerounais de maintenir la paix au Cameroun. Quel qu’en soit les circonstances. La démocratie a ses frais, la liberté a ses frais. Mais cela ne doit pas consister à détruire ce que nous construit avant de reconstruire. Les commerçants qui veulent faire la politique nous créent trop de problèmes. Parce qu’ils veulent vite arriver. J’ai connu Ahidjo en 1954 dans le bureau d’un Camerounais qui m’a fait la confidence qu’on le préparait pour proclamer l’indépendance du Cameroun. Il était préparé pour être président de la république. Il n’est pas venu de nulle part. Nous le connaissons tous, Biya a d’abord été premier Ministre au Cameroun avant d’être président de la république. Comment aujourd’hui, à la veille d’une élection présidentielle, n’importe qui se lève qu’il veut être président de la république. Je suis bien d’accord qu’ils ont des capacités. Mais ils ont été préparés pendant combien de temps ? Par qui ? Et où ? Nous voyons bien ce qui se passe en Rca. C’est le résultat de l’impréparation. Celui qui a chassé son processeur du pouvoir était-il préparé pour assurer la sécurité ? Je prie tous les Camerounais à préserver la paix. Car la démocratie est un travail de long allèle. Même les Etats-Unis ne sont pas plus démocrates que nous. Je l’ai prouvé à certains ambassadeurs américains qui sont venus à mon palais. En prenant en exemple le fait que la monogamie soit institutionnalisée là-bas. A mon avis c’est une forme d’atteinte à la liberté. Alors qu’il y a des femmes qui souhaitent être marié à des polygames comme moi. Et vice versa. La tutelle de la France a déjà été annulée au Cameroun. La lutte que nous devons mener aujourd’hui, c’est la lutte d’idéologie, la lutte d’intelligence. Pour ceux qui n’ont pas d’intelligence pour lutter intelligemment, qu’ils se reposent. En matière politique, qu’on laisse la politique se faire par des professionnels.


Source : La Nouvelle Expression

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