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Patrick SUFFO :"J’ai du mal à situer le Cameroun par rapport aux grandes nations européennes"

mardi 4 mars 2014


Aujourd’hui chargé de relations public pour une compagnie pétrolière, l’ancien lion indomptable parle de lui.

La carrière de Patrick Suffo, qui a duré plus de 20 ans, est particulièrement atypique. L’ancien attaquant revient sur son parcours et évoque les chances de la sélection camerounaise pour la Coupe du Monde au Brésil. Une interview réalisée par foot sur 7.

Au tout début de votre carrière, vous avez été prêté au Barça B. Quels jeunes, qui sont par la suite devenus de très grands joueurs, avez-vous côtoyé lors de cette saison 1996-1997 ?

J’ai côtoyé de nombreux joueurs qui ont ensuite fait carrière, soit au Barca, soit dans un autre club par la suite. Dans l’équipe actuelle, il ne reste plus que Carles Puyol que je connais et avec qui j’entretiens de très bonnes relations. Sinon, Alexander Song m’a invité à venir à Barcelone, il y a deux semaines, pour que j’assiste au match face au Rayo Vallecano (victoire 1-0). J’ai ainsi pu croiser Puyol et on a bien rigolé ensemble. Nous avons évoqué l’époque où je suis arrivé en Espagne, en 1996, lorsque je ne parlais pas bien espagnol. J’en ai profité pour le « chambrer » à mon tour avec la victoire du Cameroun sur l’Espagne en finale des Jeux Olympiques de Sydney en 2000.

Être arrivé aussi jeune au Barça n’a-t-il finalement pas été un handicap pour la suite de votre carrière ?

Je ne sais pas si c’était un handicap. Personnellement, j’ai toujours pensé au côté positif de la chose. Après ma saison au Barça (1996-1997), je suis directement passé professionnel au FC Nantes. Sans mon passage à Barcelone, je serais peut-être resté plus longtemps au centre de formation. Cela a accéléré le processus, étant donné que j’avais plus de métier, que j’étais plus mature.

En France, vous n’avez connu qu’un seul club : le FC Nantes. Ne regrettez-vous pas de ne pas avoir porté les couleurs d’une autre équipe de Ligue 1 ?

Je n’ai pas de regrets. Nantes était l’un des tous meilleurs clubs français à l’époque. En dehors du football, c’était une grande famille. Je n’avais rien à envier à qui que ce soit. Je n’ai jamais eu envie d’aller dans un autre club. Chez les Canaris, j’étais comme à la maison.

Vous comptez 29 sélections avec le Cameroun. Quel parcours envisagez-vous pour les Lions Indomptables lors de la Coupe du Monde au Brésil ?

La Coupe du Monde est toujours l’occasion de jouer au plus haut niveau. Ce sont les équipes les mieux préparées qui finissent par aller le plus loin possible. J’espère que le Cameroun fera un bon tournoi. Tout le pays attend ça, surtout que commence à faire un bon moment que nous n’avons plus réalisé de grande performance au plus haut niveau international. Si les joueurs sont unis, on peut créer une surprise. Toutefois, il faut prendre un peu de recul car nous n’avons pas vraiment de matches référence. J’ai du mal à situer le Cameroun par rapport aux grandes nations européennes. Prochainement, nous allons joueur un match amical contre le Portugal. Ce sera certainement un bon test. L’équipe est un peu en perte de vitesse. J’ai quelques doutes quant à notre bonne tenue lors du Mondial…

Entre 1997 et 2003, vous avez côtoyé Samuel Eto’o en sélection. Aviez-vous déjà senti, à cette époque, qu’il était sur le point de devenir un joueur hors du commun ?

Samuel Eto’o est arrivé chez les Lions Indomptables alors qu’il n’avait pas encore 16 ans. Il était très précoce. Il a toujours eu les qualités qu’on lui connaît aujourd’hui. Avec le temps, il a gagné en maturité. Je ne suis absolument pas surpris qu’il soit devenu l’un des tous meilleurs attaquants au monde. Initialement, il jouait plus sur le coté que dans l’axe, même s’il a toujours été très attiré par le but. A ses débuts, il s’est imposé grâce à son caractère. Il osait, n’avait pas peur de mal faire. Comme Zlatan Ibrahimovic, son caractère est bien trempé. Le joueur « normal » respecte toutes les consignes tactiques. Eux ne sont pas des joueurs « normaux ». Au départ, son comportement était mal perçu mais, par la suite, nous avons compris qu’il ne s’agissait pas de pure arrogance.

Au cours de votre carrière, vous êtes passé par l’Arabie Saoudite (Al Hilal Riyad en 2003) et les Émirats arabes unis (Dubaï Club en 2005). Quels souvenirs gardez-vous de ces expériences ?

Je dois vous avouer que le choc culturel était fort. Après l’Espagne et mon passage à Numancia (2002-2003), je suis arrivé dans un monde différent. La manière de vivre en Arabie Saoudite était très éloigné de ce que j’imaginais. Tout était basé sur la religion. On arrêtait même l’entraînement pour faire la prière. Après l’entraînement, tout le monde rentrait chez soi. Les étrangers vivaient dans un coin fermé. A Dubaï, c’est libéralisé. Quand vous arrivez d’Europe c’est évident que rien ne sera pareil. Néanmoins, j’ai appris une autre manière de vivre et de voir le monde . Je me suis cultivé dans ma vie de tous les jours. Le monde ne doit pas s’arrêter à ce qu’on connaît déjà. Aujourd’hui, je peux m’adapter à tous les pays.

Quelles sont vos activités aujourd’hui ?

Des activités qui n’ont pas forcément de rapport avec le sport. Un très bon ami basé en Norvège m’a permis d’intégrer une compagnie pétrolière. Je travaille dans les relations publiques, pour la compagnie. Aujourd’hui, je vis en Angleterre. Ce n’est pas loin de la France, ce qui est important pour un Camerounais francophone comme je suis. J’aime ce pays, mon fils y est né et ma compagne est anglaise.

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