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Nécrologie : Le dernier show de Joe Mboule

mercredi 14 octobre 2015


L’artiste musicien camerounais de renom décédé à l’âge de 62 ans a marqué la scène musicale par ses productions et son combat pour la réorganisation du secteur des Droits d’auteurs et droits voisins.

La dernière fois que nous étions ici dans son domicile situé sur le boulevard de la Liberté au quartier Akwa à Douala, c’était un dimanche, il y a cinq mois. Nous étions venus recueillir l’avis de Joe Mboule sur la question de la gestion des Droits d’auteur au Cameroun. Un sujet que l’artiste maitrise bien. Joe Mboule s’exprime alors avec aisance et produit un raisonnement qui s’appuie sur des arguments. Le sourire au coin, il crée vite une ambiance bon enfant entre le reporter et lui. Il n’hésite pas, après l’entretien, à évoquer d’autres sujets du quotidien, de la vie, qui n’ont rien à voir avec l’actualité brulante.

La séparation se fait dans la joie. C’était déjà le cas lors de précédents entretiens avec des journalistes et d’autres confrères artistes. Ce sourirel à, on l’a cherché en vain dimanche 11 octobre 2015. Joe Mboulè l’a emporté dans l’audelà. L’artiste n’a pas survécu au malaise qui l’a conduit à l’hôpital Général de Douala, où il a été interné une dizaine de jours durant et a subi une opération chirurgicale. La nouvelle du décès du père de « Malabar » est tombée autour de 14h. Quelques heures plus tôt, Anne Estelle, une des filles du disparu, s’était rendue au chevet de papa.

Quand elle quitte la formation hospitalière, elle a pour ambition d’y retourner le soir autour de 17h. Elle est stoppée nette par la triste annonce. « Je ne sais quoi vous dire à l’instant. C’est la séparation. C’est difficile. Rien ne laissait présager sa mort. Il aura marqué son temps à travers ses oeuvres et ses actions sur le plan de la famille, de la communauté », indique Anne Estelle, l’émotion dans la voix. Assise sur l’une des chaises disposées au salon ce lundi 12 octobre 2015, la jeune fille a le regard perdu. Sur un autre fauteuil, la veuve, Georgette Njoh Mboule, est sans voix.

Dernier Show

Les artistes sont eux aussi affectés par le départ de celui qu’ils considèrent comme un des artistes musiciens les plus expérimentés. Lui qui a inspiré plus d’un dans sa carrière. A l’annonce du décès, les artistes ont convergé en nombre vers le domicile du disparu à Akwa, pour apporter du réconfort à sa famille éprouvée. « C’est une grosse perte. C’était un grand auteur, compositeur et chanteur. Il était spécialiste des Droits d’auteur et Droits voisins. On se voyait souvent pour en parler. Les artistes vont s’organiser pour des obsèques grandioses », déclare Ekambi Brillant.

Lui qui n’a pas eu la chance, comme d’autres artistes, d’assister au dernier show de Joe Mboulè. C’était le 30 avril 2015 à la Place Clichy, un cabaret situé en plein coeur du quartier Akwa à Douala. Joe Mboulè y a esquissé des pas de danse ce jour-là, à l’occasion de la célébration de son 62ème anniversaire. Sur le podium, Ben Decca (dont il a produit deux albums) en a profité pour lui rendre un vibrant hommage, en chansons.

L’amour pour la musique chez Joe Mboulè a commencé très tôt, aux côtés du pasteur Lottin Samè qui a composé plusieurs chansons religieuses pour la chorale. L’artiste intègre la fanfare du collège Alfred Saker, où il se familiarise avec les instruments comme le clairon et la trompette. Il enregistre son premier 45 Tours en 1973 à Radio Douala, alors qu’il est encore élève au lycée technique de Douala. Le disque est baptisé « Aiyo/Mpuly Mwa Salamander ».

Joe Mboulè enregistre trois autres 45 Tours entre 1975 et 1977, puis sept 33 Tours entre 1979 et 1996. Le jeune élève qui s’est fait remarquer dans des concerts scolaires a décroché un baccalauréat technique et a poursuivi ses études supérieures en Belgique, où il en sort titulaire d’une Licence en informatique. Il retourne dans son pays natal le Cameroun et s’envole à nouveau quelques temps après pour suivre des études en musique à Bruxelles. Charles Samè Njoh, l’oncle du jeune artiste, n’apprécie pas le choix de Joe Mboulè. « Mais avec le succès du titre « Malabar » (enregistré en 1979) qui décroche un disque d’or, l’oncle était fier de l’homme qu’il était devenu. Il a fini par accepter le choix de Joe Mboulè », confie Richard Mboulè, frère cadet de Joe Mboulè. Toujours dans le domaine artistique, Joe Mboulè crée en 1980, Tempo Record, un Label musical qui produira les artistes tels Ben Decca et Bebe Black. Il crée le syndicat « la Mutuelle des artistes camerounais ».

Il est au départ de la toute première société de gestion des Droits d’auteurs au Cameroun, la Société camerounaise des Droits d’auteurs (Socadra). Sa réputation et son expertise dans le domaine de la gestion des Droits d’auteurs et Droits voisins lui valent des sollicitations dans des organismes internationaux, la Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes (Adami) notamment, qui est une société française de perception et de répartition des droits de propriété intellectuelle des artistes interprètes. Joe Mboulè occupe entre temps le poste de directeur Afrique du Conseil francophone de la chanson.

40 ans de carrière

Des fonctions administratives qui vont effacer l’artiste musicien de la scène pendant près de quinze ans. Mais en 2010, Joe Mboulè décide de faire son « Come-back » et de renouer avec le spectacle. Il signe son retour avec un double album intitulé « Makossa et Slow "Camer.be" ». L’œuvre présenté à Douala au mois de novembre 2010 est un Best Of, une compilation de vingt titres du large répertoire de l’artiste repartis en deux disques. Joe Mboulè a procédé à une restauration de ses musiques enregistrées en 45 Tours et 33 Tours dans les années 1970-1980 et les a numérisées. On retrouve les bons vieux makossa comme « Longue le nde sport », « Mun’a ndo », « O si linga ». Les thématiques abordées dans le coffret tournent autour des problèmes d’amour, le vécu quotidien, les injustices et les déviances. A peine a-t-on eu le temps de se régaler, que Joe Mboulè annonce en 2013 la célébration de ses 40 ans de carrière musicale.

« Ça fait 40 ans que je chante. Je ne pouvais pas laisser ce moment passé sans faire un clin d’oeil à mon public. Cette célébration est un temps d’arrêt qui coïncide avec la sortie de mon album Essentiel », expliquait-il à l’époque. Sur scène, à Douala comme à Yaoundé, Grand Joe, qui n’a pas pris de rides dans la voix, a revisité ses anciennes amours. Il y avait en bonne place, les titres « Mélanie », « Ne wa Mbusa », « Wa "Camer.be" »… Un régal pour les plus âgés, une découverte pour les plus jeunes. Le bassiste Aladji Touré, présent dans la salle de l’Institut français de Douala, est invité sur le podium pour une communion avec l’artiste. L’improvisation est une réussite.

Passés les concerts de célébration, on a retrouvé Joe Mboulè dans un costume qui lui va bien, celui de la gestion des Droits d’auteurs et droits voisins au Cameroun. Il arrive dans le secteur quand la grande bataille bat son plein entre les artistes, la ministre des Arts et de la Culture et le Premier ministre. Joe Mboulè qui a une vision de développement, est porté à la tête du directoire du Conseil d’administration de la Société camerounaise civile de musique (Socacim). Il n’aura pas eu le temps d’imprimer ses marques. La mort a eu raison de lui, bien avant l’accalmie qui règne actuellement dans le secteur. « Il est parti au moment où le secteur se réorganise. Lui qui s’y connait mieux dans ce domaine. C’est une grosse perte », déplore Ekambi Brillant. De son vrai nom Njoh Mboulè Ludovic Georges, Joe Mboulè est né le 30 avril 1953 à Douala.

Son père, Mboulè Njoh Charles, est un aiguilleur de l’armée française.Il joue au violon. Sa mère, Endalè Marquise, est ménagère et fait du petit commerce. Les parents décèdent et le jeune artiste est encadré par un proche parent. C’est un de ses oncles qui lui attribue très jeune, le surnom de Joe, en référence à un boxeur américain, Joe Louis. Ce nom lui colle à la peau et il en fait son nom d’artiste. Joe Mboulè se lie à Njoh Mboulè Georgette. De cette union naissent cinq enfants, dont 3 garçons et 2 filles. Qui gardent de leur père l’image d’un homme intègre qui avait des valeurs. « Il ne plaisait pas à tout le monde. Il aimait l’ordre », affirme Christopher Ludovic Njoh Mboulè, le deuxième fils. Il se souvient que papa aimait jouer à la guitare en soirée, dans la cour ou au salon.

« Il accordait sa guitare et faisait des improvisations ». Selon ses proches, Joe Mboulè était aussi un passionné des nouvelles technologies et aimait les nouveaux gadgets. A sa mort, le notable de la chefferie Bonamuti occupait aussi le poste de président du comité de développement du canton Koda Bonambappè. Sa fibre musicale reste bien visible en sa progéniture. Stéphane, son troisième enfant, est un passionné d’Afrobeat. Il est aussi un beatmake, apprend-on. Anne Estelle fredonne régulièrement du Gospel. Mais aucun des deux enfants n’a encore mis un album sur le marché. Il faut peut-être encore un peu de patience pour que leur génie éclore véritablement.

Par Mathias Mouendé Ngamo (Le Jour)

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