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Marc Vivien Foé : Dix ans déjà… un héritage toujours en friches

vendredi 28 juin 2013


Une décennie après la disparition de l’emblématique milieu de terrain des Lions indomptables, ses chantiers en ruine et l’indifférence de l’Etat camerounais et même de ses coéquipiers contribuent inexorablement au bafouement de son riche patrimoine. Evocation.

L’image, telle une tâche indélébile, est restée gravée dans la mémoire des Camerounais. Jeudi 26 juin 2003. Le Cameroun joue la demi-finale de la Coupe des Confédérations contre la Colombie au Stade Gerland de Lyon (France). A la 72ème minute, Marc-Vivien Foé s’effondre dans le rond central. C’est le Colombien Jairo Patino qui donne l’alerte en se précipitant vers l’international camerounais qui vient de perdre connaissance. Les secours arrivent quelques temps après pour l’aider dans un premier temps à respirer. L’ancien sociétaire de Rc Lens est emmené au centre médical du stade pour subir un massage cardiaque. Mais en vain. Vers 20h30 le médecin de la Fédération internationale de football (Fifa), Alfred Müller, annonce son décès. Marco est parti. Au Cameroun, c’est la consternation. Marc-Vivien Foé a rejoint la constellation du Lion. La douleur est incomparable, les circonstances de son départ aussi. Des obsèques nationales lui sont réservées. Son pays natal, en chœur avec la planète football, lui rendent un dernier et vibrant hommage. Mais dix ans après, que reste-t-il ?

Hier mercredi 26 juin, c’est avec étonnement que le reporter du Messager découvre le complexe sportif Marc Vivien Foé situé à Biteng, petit village situé à la sortie Est de Yaoundé. L’imposant édifice considéré comme le fleuron de ses œuvres, n’est plus qu’un chantier abandonné. Partiellement rongée par les termites, la clôture en bois qui délimite les 6 hectares qui font la superficie totale dudit complexe, tient à peine. Le bâtiment principal dont l’une des pièces abrite depuis avril dernier le Commissariat du 20e, dégage une forte odeur de chaux. Pour la commémoration du dixième anniversaire de son décès, une messe est prévue dans cette bâtisse qui accueille déjà du beau monde : prélat, membres de la famille, amis d’enfance ou du quartier… A quelques mètres plus loin, le stade en terre vibre au rythme d’un match de galla rentrant dans le cadre des activités marquant la commémoration. Le match oppose l’équipe du « deux zéro » de Biteng aux anciens internationaux et amis de Marco. Pas l’ombre d’un seul international camerounais. C’est à croire que personne n’était au courant d’un pareil événement. « On l’a pourtant annoncé depuis des semaines », confirme une amie à la famille Foé.


Mausolée

L’édifice à deux niveaux dont le rez-de-chaussée devrait abriter une piscine olympique, un gymnase, des saunas, et des salles de massage, ressemble désormais à un champ en ruine. La piscine déjà creusée et cimentée a été transformée en dépotoir où s’entassent des bouteilles vides, des bouts de planches, des vieux journaux, des sacs en plastique et parfois même des crottes des chiens. Que dire des murs où gambadent lézards, cafards et autres rapaces ? La cour a été débarrassée des hautes herbes qui la recouvraient jadis, dévoilant ainsi au visiteur toute l’étendue de la surface que couvre le complexe. Les travaux de construction de ce complexe sportif avaient démarré aux alentours de 2001-2002. Puis, son décès a entraîné l’arrêt brusque et définitif des travaux.

A l’extrême droite, c’est le mausolée de celui qu’on appelait affectueusement « Marco ». Recouvert de carreaux sombres, et entourés de fleurs, on peut y lire, « parvenu à la perfection en peu de temps, il a atteint la plénitude d’une longue vie ». L’édifice autour duquel sont plantés des fleurs bénéficie des soins de Martin Foé Amougou, de son épouse ou encore de ses beaux frères qui se chargent de lui apporter un peu de vie. « Si nous ne nettoyons pas la tombe de notre fils, elle serait déjà tombée en ruines. Depuis son décès, je n’ai pas vu un seul de ses coéquipiers auprès de sa tombe. Je ne comprends pas », regrette le père de l’ancien international qui arbore dans sa veste grise un tee-shirt floqué de l’image de son feu fils. « La messe va bientôt commencer. Viens on va. Laisse comme ça. Nous devons accueillir les célébrants », calme la maman de Foé en tendant la main à son époux.


Prix Marc-Vivien Foé

A l’époque pourtant, ses amis et coéquipiers avaient promis de poursuivre cette œuvre. Dix ans plus tard, rien de nouveau sous le soleil. Les promesses du gouvernement de poursuivre l’œuvre de celui qu’il avait qualifié de « vaillant soldat tombé sur le champ de bataille » ne semblent engager que ceux qui y croient. Le Lion parti, les pouvoirs publics qui avaient juré d’honorer sa mémoire, se sont claquemurés dans un silence des plus déconcertants. Mais ailleurs, on n’a pas oublié Foé. La preuve, en mai dernier, Pierre-Emerick Aubameyang, a remporté le Prix Marc-Vivien Foé pour la saison 2012-2013. L’attaquant international gabonais de Saint-Etienne a été élu meilleur joueur africain de Ligue 1 par un jury de 68 journalistes sportifs. Ce prix qui récompense le mérite et l’effort dans le championnat français est une idée lumineuse de nos confrères de Radio France international (Rfi) et France 24 qui saluent ainsi la mémoire de l’ancien Lyonnais. Il en est à sa troisième édition. Si le Cameroun a choisi de ranger ses héros dans les tiroirs de l’oubli, les anciens coéquipiers et entraîneurs des clubs où Foé est passé ont décidé de perpétuer sa mémoire.

Par Christian TCHAPMI(Le Messager)

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