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Mamadou Koulibaly, Ancien président de l’Assemblée Nationale : « Ouattara ne fonctionne pas comme un démocrate »

mercredi 30 octobre 2013


L’ancien président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire parle de la situation actuelle dans son pays.

Vous êtes plutôt régulier au Cameroun ces derniers temps. Peut-on savoir pourquoi ?

La première, fois j’étais venu dans le cadre d’une réunion et la deuxième fois pour des enseigne¬ments universitaires. J’ai quitté l’As¬semblée nationale et maintenant j’ai repris avec l’université depuis un an. Je fais mes cours à la faculté et dans le cadre des voyages en Afrique, je renoue avec le monde universitaire comme maître de conférence. La dernière fois, c’est le Pr Owona Nguini qui m’a invité pour présenter une conférence sur l’émergence en Afrique et mainte¬nant, ce sont des amis libéraux qui m’ont demandé de venir encadrer de jeunes Camerounais, une cin¬quantaine environ, réunis au mo¬nastère du Mont Fébé pour parler de la liberté d’entreprise, la création d’emploi et des perspectives pour le continent.

Dans une interview que vous avez accordée à Rh, vous parliez de la situation en Côte d’Ivoire, notamment de la comparution de l’ancien président devant la Cour pénale internationale (Cpi) et vous vous étonniez de l’absence de l’actuel président de l’Assem¬blée nationale. Nous aimerions comprendre pourquoi ?.

La logique de la Cpi concernant la Côte d’Ivoire et les conflits d’ail¬leurs est de ne pas poursuivre tous ceux qui sont soupçonnés de crimes. Ils choisissent des per¬sonnes qu’ils jugent comme res¬ponsables au plus haut niveau et ensuite, Ils essayent d’établir leur culpabilité ou pas. En Côte d’Ivoire, il y a eu conflit, avec deux camps assiégés et ce pendant plus de 10 ans. Jusqu’à présent, la Cpi s’est contentée de mettre aux arrêts te chef d’un seul camp. Les responsa¬bles et les chefs de l’autre camp n’ont pas été arrêtes. Il y a de quoi s’étonner. Surtout quand on sait que la justice interne en Côte d’Ivoire est au service de la vengeance. Je suis étonné et je continue de m’étonner d’ailleurs. Est-ce que la justice internationale est au service de la vengeance ou au service du droit ? Si elle est au service du droit, il est bien pour la morale et ’la politique que les premiers responsables des deux camps puissent se retrouver devant la Cpi et que les enquêtes puissent porter sur les crimes commis par ces deux camps. D’autant plus que les commissions nationales et internationales ont déjà établi que les deux camps sont responsables de ces crimes.

M. Gbagbo est accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Que reprocherait-on à M. Alassane Ouattara et à M. Guillaume Soro ?

M. Gbagbo était le président de la République, le chef d’Etat en exercice au moment de la crise. La question que ce camp pose et que ses successeurs posaient était de savoir si oui ou non il a orchestré des crimes ? Est-ce qu’il a payé des gens, est-ce qu’il a envoyé des gens pour aller tuer ? Ce sont ces questions-là qui sont posées ‘à la Cpi. Mais, sur ce que les juges ont dit la dernière fois, ils ont traité la question et l’ont posée au procureur.

La question était de savoir ce que fai¬sait le camp anti-Gbagbo au mo-ment où ce dernier était soupçonné de commettre des crimes ? Que fai-saient les hommes de Ouattara ? Une commission d’enquête natio¬nale mise sur pied par Ouattara lui-même a établi que ses hommes sont aussi responsables des crimes -contre l’humanité et des crimes éco¬nomiques. Cette commission nationale a été mise sur place par Ouattara et, jusqu’à présent, les conclusions de ce rapport n’ont pas été tirées.

Les grandes Ong inter¬nationales se battent pour les droits de l’homme, que ce soit Human Rights Watch ou Amnesty International. Elles ont établi que les crimes commis en Côte d’Ivoire ne sont pas les faits d’un seul camp. Alors, je me fonde sur ces conclusions pour dire que la Cpi, est là non pas pour juger seulement les gens, mais pour établir le droit, corriger les injustices et faire en sorte que les victimes soient compensées, en tout cas du point de vue du droit. Je me demande pourquoi jusqu’à présent, malgré toutes les enquêtes, il y a certains camps qui sont inquiétés.

Peu importe ce qui va arriver après, que les enquêtes disent que Gbagbo est innocent n’enlèvera rien au commentaire que je fais, ou que les enquêtes nous disent qu’il est coupable. Mais pourquoi lui seul serait coupable quand les enquêtes prou¬vent que les deux camps sont cou-pables de crimes.

Est-ce que vous pensez que la non-comparution de l’autre camp pourrait être une source d’instabilité pour la Côte d’ivoire ?

D’abord, la première conséquence serait sur le plan moral. La non-comparution de l’autre camp sur le plan moral tendrait à laisser croire au monde entier et surtout aux Africains que la Cpi s’est mise au service de la vengeance du camp qui est au pouvoir.

Deuxièmement, très probablement, à la prochaine élection, si la Cpi ne punit qu’un seul camp pour le compte de l’autre, il n’y a pas de raison que ce camp qui se voit ainsi investi de privilèges de crimes impunis ne fasse ’pas de nouveaux crimes, puisqu’il sait que rien n’en découlera comme sanction. Or, en 2015, il est évident que l’opposition ivoirienne, tous ceux qui pensent que Ouattara ne devrait pas avoir un second mandat vont se présenter contre lui. Mais si tout se présente à nous en 201.3, 2014 et 2015 qu’il peut commettre des crimes impunis, il n’y aura aucune raison que d’autres candidats se présentent contre lui sous peine de se faire condamner impunément.

Si la justice internationale veut que la démocratie soit réinstaurée en Côte d’Ivoire, il y a des raisons de corriger ce qui se passe en arrière. Si on ne veut plus de démocratie en Côte d’Ivoire, on peut maintenir les statuts, mais il ne faut pas venir dire que les Africains ne sont pas matures pour la démocratie.

A propos de démocratie, il y a eu des élections législatives après la crise. Quel est le regard que vous posez sur l’état de la démocratie en Côte d’Ivoire aujourd’hui ?

Il y a eu des élections, mais il n’y a pas eu démocratie. Il y a eu des élections au sens où des candidats des différents partis politiques s’af-frontent lors des compétitions électorales. Mais la démocratie, ce n’est pas que les élections. La démocratie c’est l’Etat de droit. Est-ce que la liste électorale était mise à jour ?

Non. Est-ce que les conditions qui avaient été proposées pour des élections inclusives transparentes telles qu’elles ressortent de la résolution 20/82 du Conseil de sécurité des Nations unies ont été respectées ? Non. Mais comme le président Ouattara peut faire tout ce qu’il veut sans que quiconque dans le monde ne lui fasse des reproches, il a fait ce qu’il, a pu, il a fait ce qu’il a voulu. On ne peut pas dire qu’on est en démocratie.

Pensez-vous qu’on puisse concilier la nécessaire réconciliation des Ivoiriens et la recherche de la vérité ? En ce moment il y a cette volonté de réconcilier les Ivoiriens après tous les évènements qui s’y sont produits. Mais, en même temps, il y en a qui pensent qu’il faut privilégier la vérité. D’après vous quelle est la bonne formule ?

Je pense qu’on ne peut pas faire de réconciliation sans justice et sans vérité. On ne peut obtenir la justice sans vérité. Qui a fait quoi pendant cette crise postélectorale ? Si cette vérité est établie, ’si les bourreaux sont connus, les victimes sont connues, les coupables aussi et la justice se fondant sur ces vérités sanctionne les uns et les autres. Les victimes auront le sentiment que leurs peines ont été entendues par la société.

Ils auront le senti¬ment que la Côte d’Ivoire, l’Afrique a bien pris acte de leurs souffrances et a corrigé les conséquences de cette souffrance. Maintenant, il revient à la société une fois cette cor¬rection faite de gracier, de pardonner les bourreaux. En ce moment-là, bourreaux et victimes peu¬vent entrer ensemble dans la réconciliation. Mais, si le bourreau a le sentiment qu’il n’a rien fait et que la victime a le sentiment qu’elle a été victime mais qu’ensuite, personne ne s’est intéressé à son cas, elle restera longtemps dans une logique de vengeance, de haine, de frustration, qui sont source de nouveaux conflits et de nouvelles crises. Je pense qu’il faut commencer par la vérité.

Dans cet environnement, comment est-ce que le parti politique dont vous êtes le président, Liberté et Démocratie pour la Ré¬publique, déploie ses activités ?

Nous avons commencé dans un premier temps par dire au gouver-nement qu’il faut que nous ayons un cadre de dialogue. Il faut que le gouvernement et l’opposition se parlent. Et ce cadre de dialogue a été mis en place il y a déjà un peu plus d’un an, en avril 2012. Les partis de l’Opposition et les partis du gouvernement se réunissaient et travaillaient sur un statut de l’opposition Mais en priorité absolu. Pour que le gouver-nement ne confonde pas en Côte d’Ivoire les opposants à des assail-lants, à des putschistes, à des terroristes, mais que l’opposant soit reconnu comme opposant et qu’on respecte son statut qui est de critiquer le gouvernement, de proposer des alternatives à la politique du gouvernement, de le challenger à la prochaine, élection, et de reprendre le train de la gestion du pouvoir.

Sans ce statut, l’opposition ivoirienne est présentée comme une personne qui insulte le président Ouattara, qui veut sa place. On ne peut pas .construire une démocratie s’il n’y a pas une opposition. Ce st tut a été rédigé, adopté par les membres du cadre permanent su dialogue, Mais le président Ouattara ’y a mis un veto. Il préfère réuni les députés en session extraordinaire pour leur demander de lui attribuer les pleins pouvoirs, leur demander de ratifier des textes vieux de 50 ans. Il préfère les réunir pour modifier le statut de la famille, plutôt que de donner un statut à l’opposition.

Nous avons travaillés dans ce cadre-là au financement des partis politiques. Parce qu’il est incompréhensible que depuis les accords de Marcoussis où il était prévu que les partis politiques obtiennent des financements, que Ouattara lui-même dans l’opposition a obtenus, à savoir 5.000.000 de francs CFA pour le financement de son parti et qu’une fois au pouvoir, il verrouille le système et qu’il se finance reste encore président de son part. Qu’il se finance, qu’il finance son parti et qu’il étouffe l’opposition en se disant si ces individus manquent d’argent, ils seront obligés de se mettre à genou devant moi. Nous avons jugé qu’il faut mettre en place un système de financement des partis politiques. Le président Ouattara a mis un veto là-dessus. Nous avons dans le cadre de cet accord avec le gouvernement discuté des perspectives des prochaines élections. Nous sommes tombés d’accord que la commission électorale en place allait finir son mandat avec les élections législatives.

Conformément aux accords qui avaient été pris, le président Ouattara a été prié de changer la commission électorale et de faire établir soit une commission administrative indépendante, constituée de gens qui ne feraient que les élections, mais qui seraient issus de cinq partis politiques, il a refusé, Nous lui avons suggéré de mettre en place une commission qu’on ne qualifierait plus d’indépendante, mais qui serait constituée des partis de l’ opposition à 50% et des partis au gouvernement à 50%, il a encore refusé. Il a continué de faire les élections municipales et régionales avec la même commission électorale.

Et sans cette commission électorale, il est difficile d’envisager des élections transparences à venir parce qu’elle n’a pas depuis sa mise en place, organisé une seule élection qui ne se sait terminée par la violence, les mo s d’hommes, la tricherie, la contestation. Le président Ouattara n’a pas marché là-dessus. Dans le cadre des phénomènes ce conclaves et de discussions avec l’Etat, nous avons souhaité que la liste électorale puisse être mise à jour avant d’aller aux élections municipales et en vue de préparer les élections présidentielles de 2015.

La liste électorale actuelle : avait été confectionnée en 2009 pour les élections de 2010. Entre 009 et 2015, de nombreux jeune auront passé l’âge de voter. En Côte d’Ivoire, on vote à partir de 18 ans. Depuis les massacres, nous lui avons dit de prendre le temps calmement d’enregistrer sur les listes tous ces jeunes qui vont voter en 2015, de sortir de la liste électorale les morts, d’y intégrer les vivants qui ont été exclus des précédentes listes et quand il y a encore moins de pression nous confectionnons les listes. Mais il ne faut pas attendre sept mois avant les élections pour confectionner une liste dans la précipitation et à l’heure des élections.

Le président Ouattara a mis le veto là-dessus. Devant tous ces refus, nous ne savons plus quoi faire. On se réunit juste pour la photo de famille, les décisions qui sont prises avec ses différents premiers ministres et des commissions ont été mises en place et ont adopté des textes dans tous les domaines.

Mais une fois l’adoption terminée, silence radio, les documents sont rangés. A titre personnel, nous lui avons fait part de la nécessité d’appliquer la loi qui donne un statut à l’ancien président de l’Assemblée nationale et aux anciens, et résidents d’institutions. Ils ont demandé que nous fassions des dossiers, ce qui a été fait. Mais encore aujourd’hui, il a mis le pied dessus. Le président Ouattara ne fonctionne pas comme un démocrate mais plutôt comme un autocrate. Il a le soutien de la communauté internationale. Qu’est-ce qu’on peut y faire ?


Ceci ressemble à une impasse et justement, qu’envisagent les leaders de votre parti devant cette situation de blocage ?

Nous lui ferons savoir dans les jours qui viennent que si les textes qui sont déjà arrangés, les statuts de l’opposition, le financement des partis politiques, la mise à jour de la liste électorale, la révision de la commission électorale ne sont pas appliqués, nous ne voyons plus pourquoi nous irons perdre notre temps dans des réunions avec le gouvernement. Étant donné que ce sont des réunions de deux heures que nous faisons quand même et au cours desquelles l’opinion a le sentiment quand elle voit la photo de famille que le gouvernement et l’opposition discutent, que nous nous parlons mais que dans la réalité personne ne parie à personne.

On vient juste s’asseoir, après on fait la photo. II n’y a plus de raison que nous continuions de participer à ce genre de réunion. Nous prendrons du temps pour aller chercher de l’argent et continuer l’implantation des leaders à l’intérieur du pays. Expliquer à la population pourquoi il faut sortir de la belligérance, pourquoi il faut rentrer maintenant dans la réconciliation. Mais, dans un format qui n’est plus celui de Ouattara. Sa réconciliation, il faut qu’il la fasse avec ses adversaires.

Nous, notre réconciliation c’est d’amener les Ivoiriens à prendre conscience qu’il ne sert à rien de militer dans des partis politiques pour des raisons ethniques ou tribales et qu’il y a des urgences sur des questions foncières, l’emploi des jeunes, les questions électorales qu’il nous faut régler,.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez choisi de partir du Fpi ?

C’est un autre débat. Le Fpi a jugé que je ne lui servais plus à rien et moi j’ai jugé que je pouvais plutôt servir la Côte d’Ivoire.

Vous parlez tantôt de l’installation du parti à l’intérieur du pays. Est-ce que vous ne pensez pas plutôt qu’il fallait commencer par la, avoir une assise nationale pour avoir un électorat fort et discuter avec le gouvernement ? N’est-ce as votre fragilité qui fait en sorte que le camp Ouattara refuse de us recevoir ?

C’est possible, parce que le parti ne date sue de deux ans, nous n’avons pas encore la couverture nationale nous sommes en progression certes, mais loin d’avoir des bases un peu partout. Peut-être Ouattara n’aime et n’est impressionné que par les partis qui peuvent se présenter à lui avec des bases partout, c’est possible. Notre gros désavantage c’est que nous ne sommes pas un parti politique adossé sur une base ethnique ou tribale. Ce qui n’est pas le cas des autres. Ça donne l’impression que comme un groupe tribal ne suit pas Coulibaly ou comme il n’est pas leader d’un groupe régional, c’est un parti faible et c’est notre grosse faiblesse.

Nous avons parcouru les différentes revendications que vous allez adresser au gouvernement dans le cadre du statut de l’oppo¬sition, son financement, la commission électorale, la question des listes lectorales. C’est à peu près les mêmes questions qui re¬iennent ici au Cameroun. Finalement, quelle est la solution ? Parce qu’ici au Cameroun aussi il y a comme un blocage du pou¬voir en place face è ces revendications qui sont récurrentes. Pour l’intellectuel que vous êtes, quelle peut être la solution pour sortir fie ce blocage ?

La première solution pour l’intellectuel c’est le plaidoyer. Quai d je viens au Cameroun, j’identifie bien la similitude des problèmes, il faut continuer de plaider. Il ne s’agit pas du problème des Ivoiriens ou du problème des Camerounais, il ne s’agit pas des problèmes des gouvernements et des opposants. Il s’agit des problèmes de l’élite africaine tout court. Puisque nous sommes prêts en tant qu’élites de passer de la phase du multipartisme instauré dans les années 90, à une phase démocratique qui rende nos peuples capables de nous demander des comptes, et que l’on nous oblige à rendre compte à notre peuple.

C’est plus un problème pour nous qu’un problème entre nous et d’autres. Jusqu’à présent, je n’ai pas de réponse et j’avoue que le plaidoyer nous devons le continuer et être nombreux dans tous les pays, ce n’est pas le problème d’un seul pays. Mais en même temps, ceci concerne le politique. Est-ce que les élites peuvent accepter ce plaidoyer s’il n’y a pas une contrainte suffisamment forte sur elles qui les amènent à l’accepter ?

Est-ce que les élites sont arrivées au respect des droits de l’homme sans qu’il n’y ait de fortes contraintes sur elles ? Est-ce que les élites britanniques, américaines sont arrivées à respecter les droits des populations qui, quelque part n’ont pas obtenu ces droits-là ? Il me semble que nous devins organiser des plaidoyers non pas pour faire la politique et pour gagner des élections, mais pour donner des droits à nos populations moi j’en suis là.

Des droits pas politiques mais des droits de propriété, que les populations aient des intérêts à défendre. Si les juristes dissent qu’il n’ y a pas d’action sans intérêts, si nos populations ont des droits de propriété sur leurs terres, si elles sont capables de dire, moi je vote pour tel parti politique ou pour ceux qui vont défendre ma propriété, alors en ce moment-là, les élites seront bien obligées de respecter le droits des populations. Et il ne s’a ira plus de droits politiques, mais plutôt de droits économiques, des droits de survie.

Je suis agriculteur, je suis paysan, j’ai 5 hectares de terres. Si nous arrivons à faire le cadastrage des terres du Cameroun, de Côte d’Ivoire et d’ailleurs ce que nous donnons le titre foncier sur certains hectares à un monsieur, il ira désormais avec ses titres fonciers accéder au crédit bancaire pour faire des investissements, et quand le vote va arriver, il va regarder l’homme poli¬tique qui est capable de faire en sorte que ses taux d’intérêt soit rentables pour sa terre, que les prix des produits agricoles arrangent son agriculture, que les politiques économiques améliorent le rendement de son titre foncier.

Quand nous ne faisons pas cela, nous écoutons notre ego. Je veux être président, je veux être ministre, à la limite je serais prêt à avoir peur d’un bailleur de fonds quelconque et lointain plutôt que du peuple qui est juste à ma porte. Parce que le bailleur de fonds a un quelconque intérêt à défendre, je suis prêt à m’engager à protéger ses intérêts, mais pas les intérêts du peuple qui lui n’a pas de propriété, n’a pas de titre foncier.

La question de la redistribution de terres semble être l’une de vos préoccupations qui revient chaque fois que vous prenez la parole. Comment cela va se pas¬se ? Vous pensez que l’Etat doit rétrocéder des terres ?

Absolument. Il n’y a pas de rai¬son que l’Etat postcolonial, l’Etat des indépendances reprenne les prérogatives de l’Etat colonial. Je peux bien comprendre qu’avant les indépendances, les territoires du Cameroun, de Côte d’Ivoire, de Rdc, du Sénégal ont été propriétés de la couronne de France. Nous étions propriété de la couronne, nos terres, nos rivières, nos forêts, nos montagnes l’on également été. Mais au moment des indépendances, l’Etat colonial français s’est retiré et l’Etat moderne africain s’est mis en place. Le premier devoir du colon a été de nous donner notre pays.

Le premier d voir de nos Etat aurait été de dire, comme le colon est parti en nous laissant nos terres, maintenant les populations récupérez vos terres. Vous avez 300.000 à 500.000 km2 de terres. Je fais un, le cadastrage de toutes les terres avec les géomètres. De la même façon que les villes de Douala, d’Abidjan, de Bamako sont loties, de la même-façon les terres en milieu rural du Mali, du Cameroun, de Côte d’Ivoire et d’ailleurs devraient être loties. On fait des servitudes entre les routes, on fait des reprécisions des lopins de terres.

Au lieu de dire simplement de la rivière à la colline c’est ma terre, on dira avec des coordonnées précises voilà les bornes de mon champ, évidemment pour aller dans mon champ, je ne serai plus obligé de passer dans le champ du voisin. Dès qu’une sorte de cadastrage est faite, une fois que les titres fonciers sont élaborés, qu’on les donne directement aux propriétaires à titre gracieux. Parce que nos Etats depuis 50 ans ont suffisamment exploité les propriétaires de ces terres-là pour leur demander aujourd’hui de payer quoi que ce soit.

L’Etat fait un guichet unique où il y a le ministère des Eaux et Forêts, de l’Agriculture, de la Justice, des Finances et de la Sécurité, on signe tout de suite le titre foncier et on passe dans chaque village pour faire une audience populaire, chaque villageois est capable de dire voilà mon lopin, on construit des routes. Cela va mettre une dynamique dans la population, créer des emplois pour stabiliser les pays.

On n’aura plus besoin de se battre pour des lopins de terres, mais chacun sera propriétaire d’un titre foncier et puis la liberté de commercer ces terres-là devrait permettre de créer un marché hypothécaire et l’Etat lui-même va gagner énormément d’argent et même s’il prend un hectare de terre à 1 franc CFA le rn2 comme impôt foncier sur 10000 m2, c’est 10000 francs CFA que le propriétaire payera comme impôt sur un hectare.

Ceux qui ont 50 hectares paieront plus, mais 1 franc par hectare. Et si l’on multiplie Cela par 200.000 hectares, l’Etat s’en sort avec plusieurs milliards supplémentaires, cela apparaît dans son-budget. Evidemment cela va demander que l’Etat accepte de faire des guichets uniques, que les magistrats et les chargés des ministères aillent partout dans le pays, plus de conflits fonciers, plus d’accaparement des terres.

Parce qu’aujourd’hui, l’Etat c’est dit propriétaire de tous ces terrains, quand un gros investisseur international arrive et propose 30 milliards de francs CFA, pour la création de 200.000 hectares de riz dans le nord, le sud et l’est du pays, c’est l’Etat qui décide de les mettre à la disposition de [’étranger. Mais, les 200.000 hectares qu’on met à sa disposition appartiennent aussi aux gens qui habitent le territoire.

Comment est-ce que l’on gère le conflit entre l’investisseur étranger qui vient avec 30 milliards et la famille qui est dans la brousse et qui a les 30 hectares de terres, ce que l’Etat a donné pourtant il n’est pas le propriétaire ?

C’est une affaire morale, c’est une affaire éthique. Si nous arrivons à régler ce problème économique alors cette famille-là avec son titre foncier pourra demander des comptes non pas pour son cousin qui est député sur le plan ethnique, non pas pour le président qui est de la même région que lui, mais simplement parce que les yeux voient les rendements du mes que je viens de semer sur ma terre, j’ai pris un crédit bancaire pour faire mon champs de maïs, le taux d’intérêt que vous fixez ne m’arrange pas, nos paysans vont devenir des, exploitants, pourtant ce sont leurs terres.

Ils pourront défiler et manifester comme des exploitants pas pour soutenir, un parti politique parce que le leader est venu nous donner des tee-shirts, mais pour soutenir une politique favorable à ses intérêts, à son lopin de terre, à son marché financier. C’est une politique agrégée et tous les pays développés passent par là.

Restons en économie pour parler de la question de la souveraineté monétaire, est-ce que votre position a évolué aujourd’hui avec tout ce y a eu comme crise financière mondiale ? Restez-vous sur la même position ?

Elle est en train d’évoluer. A l’époque, je le disais, mais je semblais prêcher dans le désert. Au¬jourd’hui, j’entends la commission de la Cdéao et celle de l’Union africaine dire que bientôt, il va falloir que les pays africains dans les blocs quittent à l’heure des monnaies sous-régionales. C’est une évolution si le Cameroun, le Gabon, le Tchad et autres doivent aller vers une monnaie unique, intégrée en Afrique centrale ce sera le franc CFA. Si au niveau de l’Afrique de l’Ouest, le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire doivent aller vers une monnaie unique, ce ne sera pas le franc CFA.

On évolue, mais cette évolution reste encore lente parce que les pays qui utilisent le franc CFA ont peur de l’aventure. Ils se disent on va renoncer à une branche qu’on tient pour une branche qui nous promet la monnaie centrafricaine, ouest-africaine. Qu’est-ce qu’elle va devenir, qu’est-ce qu’on va devenir ? Ce qu’il faut pour l’évolution c’est de leur expliquer que les procédures existent, la Cour internationale de justice existe à la Haye, même si les Africains connaissent mieux la Cour pénale.

Nous avons signé des accords de coopération avec la France dans les années 60 qui établissent le compte d’opération, les accords de coopération monétaire, de traitante. Aujourd’hui, de nombreuses personnes au Cameroun, au Gabon, au Tchad, en Guinée équatoriale, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, des nouvelles générations trouvent incompréhensibles ces accords de coopération. Ce que je fais maintenant, c’est de leur expliquer, que si ces accords ne sont plus évidents pour vous, il y a la procédure de dénonciation qui existe. La dénonciation des traités internationaux, la dénonciation des conventions internationales, des accords internationaux.

Vous prenez un avocat et vous vous plaignez devant la Cour internationale de justice, vous dénoncez ces accords et vous vous libérez de ces accords et puis nous organisons une monnaie africaine qui serait connue en Côte d’Ivoire et au Cameroun, qui serait gérée par une banque centrale indépendante des Etats, des politiques nationales, qui.va se fonder sur des économies qui sont relativement performantes aujourd’hui. C’est possible. C’est ce que je fais maintenant. Par quelle procédure donc ? Je crois que de plus en plus de gens commencent à se dire oui, on doit pouvoir faire autre chose.

Nos pays semblent tournés vers l’émergence qui est devenue un concept. Au Cameroun, c’est 2035, au Gabon c’est 2025. Pour vous, quelles sont les conditions pour que nos pays accèdent à l’émergence en dehors de la demande du cadastrage •et de la rupture avec les puissances étrangères ?

Ce sont des conditions nécessaires pour la vie en société. Si on veut être émergent, il faut d’abord savoir que l’émergence passe par le marché des capitaux. C’est la première étape. Si vous n’avez pas de marchés de capitaux, des marchés financiers, vous ne pouvez même pas prétendre à l’émergence. Parce que le ton du concept de l’émergence C’est d’abord d’émergence des marchés financiers. Dire qu’un pays est émergent c’est qu’il a pu faire émerger des marchés financiers. Deuxièmement, d’est que ce pays a pu mettre en place l’économie de marché.

Si nous voulons aller à l’émergence, mettons en place la structure de l’économie des marchés et créons des marchés des capitaux dans nos pays. Les marchés de capitaux sont des marchés dans lesquels les gens peuvent venir déposer leurs épargnes et que l’on n’y prête ces épargnes aux personnes qui souhaitent faire des investissements. Dans’ nos pays africains, il y a pas de marché de capitaux, il y a pas de marché fi¬nanciers. Or, l’émergence est aussi le travail des investisseurs directs étangers.

Un investisseur direct étranger qui vient avec 1 milliard, 200 milliards de francs CFA ou 50 milliards de dollars, il faut qu’il trouve des partenaires d’affaires, des partenaires financiers, des personnes avec lesquelles il se mettra en accord pour investir. C’est à ça que sert un marché financier. A côté de ces deux marchés, il y a la justice, la sécurité et un Etat de droit, tout ceci bien sûr avec la ferme conviction que nous avons mis de l’ordre au sein des populations et qu’elles ne sont plus des esclaves pour nos Etats, mais des individus indépendants.

Vous proposez très souvent l’ouverture des frontières...

Je pense que l’émergence dans nos pays n’est pas possible si nous maintenons nos frontières telles qu’elles sont aujourd’hui. Pour sortir d’un pays pour un autre, il y a des tracasseries, des modalités et des formalités compliquées mais pas fa¬vorables à l’émergence. Et qui dit „émergence dit échange, commerce, dit épuration des zones, épuration des marchandises. Mais si nous avons des procédures de cartes de séjour, de visas, des procédures de circulation et d’implantation pour nos populations, alors que nos chefs d’Etat n’ont pas ces contraintes, ils vont de capitale en capitale sur des tapis rouges, nous allons faire des intégrations des Etats, des sommets des chefs d’Etat, mais nous n’arriverons ja¬mais à faire l’intégration des peu¬ples, si on veut faire l’intégration des peuples, il faut lever toutes les bar¬rières de ces frontières. Quand on est dans une union monétaire et qu’on veut une union douanière, les populations doivent pouvoir circuler.

Vous ne pensez pas que l’ouverture de ces frontières exposerait nos économies encore faibles ?

Au contraire, ces ouvertures vont sauver notre économie. Remarquez que nous ne sommes pas fermés par rapport aux économies européennes, elles peuvent tout faire dans nos différents pays si elles le veulent. Nous sommes parfois fermés à nos voisins immédiats. Le Cameroun par exemple n’a pas de problème de visa avec les Chinois. Mais pour aller au Gabon, pour aller en Centrafrique, il a des problèmes. Et c’est la même chose en Côte d’Ivoire. Nous avons trop de barrières entre nous. La puissance de l’économie chinoise, de l’économie américaine, européenne vient d’abord du marché que ces économies constituent.

Si nous avons nos populations de 20 millions un peu partout et que nous regardons en¬semble, nous nous disons, nous avons un marché de 400 millions, cela ne peut être vrai que si ces hommes-là sont librement en mouvement dans le territoire.

Si chacun est dans son trésaille n’est pas du tout un marché. On ne peut pas garder ces barrières-là parce qu’elles sont totalement incompati¬bles avec l’émergence.

Depuis déjà 50 ans, il y a ce discours sur le bien-fondé de l’intégration. Récemment encore, il y a eu des regroupements dans la zone Cemac où de nouveaux engagements ont été pris. Est-ce qu’on va vraiment y arriver un jour ? Qu’est-ce qui fait blocage ?

Si on reste sur les anciens schémas, on n’y arrivera pas. Parce qu’il s’agit des schémas de superposition d’entités nationales. C’est une indépendance autonome, jalouse de la souveraineté nationale. Si on reste dans cette logique, jamais on n’y arrivera. On va suivre les modèles de l’Union européenne. Ils ont créé l’union, on crée aussi nos unions. Ils ont créé la monnaie unique, on commence déjà à créer notre monnaie. Ils ont créé une commission de l’union, on a la commission Afrique centrale, Afrique de l’Ouest et puis dans les grandes organisations à l’instar de l’Union africaine.

Ils ont créé un parlement, on a aussi un semblant de parlement. Mais, quand vous voyez les articulations, les contenus ne sont pas du tout pareils. Si on change la logique de ces intégrations, nous commençons par voir le ton institutionnel qu’il y a derrière, alors vous verrez que l’Union européenne a été créée sur la base des traités de l’Afrique mais tous les pays selon leur constitution ont fait la consultation des peuples avant la ratification. Combien de pays africains ont fait un référendum pour adopter les différents traités dont vous parlez ? Aucun. L’Union européenne a été créé sur la base de la démocratie. Ne peuvent être membres de l’Union que les Etats qui montrent qu’ils sont désormais tournés vers la démocratie.

C’est ainsi que la Grèce, l’Espagne, le Portugal ont été obligés de passer par ces étapes de démocratie avant de rejoindre l’Union. Cette condition existe-t-elle dans nos unions ? Prendre l’appellation c’est bien, mais le contenu est plus important. Le parlement européen existe. Nous faisons un paternes„ africain, mais combien de fois y a-t-il eu élection dans les pays africains pour désigner nos députés qui vont siéger dans les parlements internationaux ? Y en a pas. En Europe, il y a des élections claires qui distinguent le parlement national du parlement de l’Union européenne.

Ces deux élections permettent de décider des questions communes de l’Union et ceux qui vont décider des questions intérieures de chacun des pays. On n’a pas ce type d’élection. La mise en place d’une commission à l’Union africaine où dans les autres organisations, ces commissions sont utilisées comme co-gestionnaire de l’Union en Europe. La commission de l’Union européenne cogère l’Union avec le parlement.

En Afrique, la commission est hyper puissante par rapport au parlement. Et quand l’Union européenne dit quelque chose, les pays se conforment parce que les peuples vont adhérer. Ici, que ce soit en Afrique centrale, en Afrique de l’Ouest ou à l’Union africaine, les commissions, les sommets des chefs d’Etat peuvent dire des choses, mais aucun pays ne se conforme. Si nous commençons à donner de la face à nos décisions, que la voie bascule, nous serons obligés de suivre ce que nos peuples voudront. Si nos peuples n’ont rien, ils ne peuvent pas avoir de voie, s’ils n’ont pas de voie, nous allons continuer à soigner des accords pour ne pas les respecter les peuples en souffriront.

Et puis en retour des attentes, c’est nous qui n’arrivons pas à lutter contre le chômage, à avoir des infrastructures pour donner de l’eau et de l’électricité, de construire des infrastructures sanitaires, et puis nous resterons toujours des opposants au chef de l’Etat et le monde n’aura pas beaucoup de considération pour nous.


Propos recueillis par Jules Romuald Nkonlak, Claude Tadjon ( Le Jour)

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