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Longévité au pouvoir : Paul Biya, Ahmadou Ahidjo et la retraite

mardi 21 juillet 2015


Quand et comment les deux chefs d’Etat ont évoqué le sujet pour la première fois.

En Afrique, la question de la longévité des chefs d’Etat au pouvoir embarrasse et passionne. Dans sa dernière livraison, l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique aborde le sujet, sans vraiment aller au fond des choses, s’agissant du Cameroun. Tout juste, apprend-on, que Paul Biya (82 ans, au pouvoir depuis 32 ans) figure au 3e rang du top 5 africain, en termes d’années passées au pouvoir (d’âge également), après Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (73 ans, au pouvoir depuis 36 ans) et Jose Eduardo Dos Santos (72 ans, 36 ans au pouvoir). Avec l’humour qui le caractérise, Fouad Laroui conclut le dossier de J.A en ces termes : « Voici donc une modeste proposition que nous soumettons à titre gracieux à l’Union africaine : créez, excellences, un sénat panafricain… avec obligation, pour tous les dirigeants du continent d’y adhérer à l’âge de 65 ans et de laisser, chez eux, la place aux jeunes ».

Dans son édition sur le trentenaire de Paul Biya à la tête de l’Etat, Le temps des réalisations, bulletin mensuel d’informations du cabinet civil de la présidence de la République s’intéresse au sujet, précisément au cas du Cameroun. Pour le ministre Dcc, Martin Belinga Eboutou, dont la déclaration a été opportunément « dépoussiérée » dans le numéro d’hier de La Météo, « il est (…) aisé pour tout esprit lucide et objectif de se rendre compte qu’au Cameroun, longévité n’est pas synonyme de dictature ou de despotisme, que la longévité n’est pas synonyme d’immobilisme (…). Le Cameroun de Paul Biya n’est pas une dictature et ne vit pas sous la ferrure d’un despote. Le Cameroun de Paul Biya est un pays qui bouge, qui poursuit résolument, sans tambour ni trompette, sa marche pacifique vers la prospérité et l’émergence ».

La remise en surface de l’éditorial de Belinga Eboutou est inspirée d’une question de Gérard Griesbeck. Le 3 juillet dernier, au cours de la conférence de presse conjointe Biya-Hollande, au palais de l’Unité, le président camerounais avait été interpellé, sur sa succession, par ce journaliste de France 2. « Je commencerai par dire que ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut. Je ferais une deuxième observation, c’est que je ne suis pas à la tête de l’Etat par la force. Je n’ai pas acquis le pouvoir de manière dictatoriale. J’ai toujours été élu par le peuple. Et en ce moment, je suis en train de terminer un mandat qui m’a été donné par le peuple. Et d’ailleurs, il y avait d’autres candidats à cette élection. Je les ai gagnés. (…) Les élections camerounaises de 2018 sont certaines, mais encore lointaines. Nous avons le temps de réfléchir. Et le moment venu, les Camerounais, les amis français et tout le monde, sauront si je suis candidat ou si je prends ma retraite », avait répondu un Paul Biya mi-populiste, mi-sarcastique.

Avant l’échange avec la presse, Paul Biya avait déjà, apprend-on de sources crédibles, défendu cette position – en de termes plus diplomatiques- au cours de l’audience avec François Hollande. Dans les annales de l’Histoire, il reste que c’est la toute première fois, en 32 ans de magistrature suprême, que Paul Biya évoque sa retraite, en public. En 2006, d’après Wikileaks, le chef de l’Etat camerounais s’était confié (à huis-clos) à l’ambassadeur américain, Niels Marquardt, qui l’interrogeait sur sa succession par cette… interrogation : « Quelle fierté aurais-je si je laissais le Cameroun dans cet état aujourd’hui ? ». Désir d’éternité ou volonté de passé la main en temps opportun ? A chacun d’en juger.

Le débat sur la longévité au pouvoir se posait déjà à l’époque d’Ahmadou Ahidjo, même si personne n’avait le courage de l’évoquer en public. Le 20 mai 1982, soit près de cinq mois avant la démission du premier président de la République du Cameroun, à l’occasion du « Club de la presse du Tiers-Monde », sur Radio France Internationale (Rfi), en réponse à une question du rédacteur en chef de Radio Cameroun, Jean-Claude Ottou, Ahmadou Ahidjo va pour la première fois, en 24 ans de règne, rompre le silence à propos de sa retraite. « Pour ma succession, la seule chose que je puis dire est que la procédure est prévue par la Constitution et que je ferai en sorte, si tout va bien et si Dieu le veut, que ma succession se déroule normalement, qu’il n’y ait pas de vide au Cameroun (…). Je vous ai dit que je faisais la politique depuis 35 ans et demi. Vous admettez, après tout ce temps, que j’éprouve une certaine lassitude, comme d’ailleurs vous-même, quand vous aurez accompli 25 ans dans la radio ou à l’information, vous serez peut-être lassé ».

L’Histoire raconte qu’avant cette déclaration, le président Ahidjo avait fait adopter un mois après sa réélection à la présidence de la République, le 5 avril 1975, une reforme constitutionnelle disposant que « le président de la République peut nommer un premier ministre responsable devant lui seul et aux attributions laissées à son appréciation ». Après 17 ans de pouvoir, Ahmadou Ahidjo décide ainsi à mettre Paul Biya sur orbite. Quelle formule adoptera Paul Biya (qui n’évoque guère « une certaine lassitude ») pour éviter « le vide » après lui au Cameroun ? L’équation à plusieurs inconnues est-elle résolue avec le seul avènement du Sénat ?

Par Georges Alain Boyomo(Mutations)

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