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Habiba Salé raconte son séjour chez BOKO HARAM

mercredi 1er juin 2016


Habiba Salé respire la liberté retrouvée après un an et demi de captivité.

Bien que Tourou ne soit pas son village, Habiba Salé est déjà bien populaire dans cette localité. Elle est connue tant par les populations locales que par les forces de l’ordre et de sécurité. La preuve, quand nous arrivons dans cette localité, nous n’avons eu aucune difficulté à retrouver la jeune dame habillée en pantalon ! Sans doute un signe d’émancipation. C’est le 21 mai 2016 qu’elle avait été ramenée par les officiers de la Région militaire interarmées N° 4 conduits par le chef d’état-major, Alexandre Léandre Kemengne. On se rappelle encore, ce jour-là, Habiba Salé était, en pagne comme aiment bien le faire les femmes Mafa.

Elle accueille l’équipe de Cameroon Tribune avec bienveillance et l’installe dans une salle du Centre social de Tourou, arrondissement de Mokolo, département du Mayo-Tsanaga. Le Centre est devenu ces dernières années le dortoir des populations déplacées. C’est donc ici qu’elle vit, peut-être encore pour longtemps car selon elle, c’est là qu’elle se sent à l’aise.

La réalité est plus poignante chez Habiba Salé : elle ne sait plus sur qui s’appuyer. Son mari est mort, tué par les Boko Haram. Son père, lui aussi est décédé depuis des années et après la mort de celui-ci, sa mère est allée à Maiduguri au Nigeria où elle s’est remariée. Son bébé, de deux ans qu’elle a eu avec son défunt époux est resté chez les Boko Haram. Habiba Salé est originaire de la localité de Ldaoudzaf dans l’arrondissement de Mayo-Moskota situé à une vingtaine de kilomètres de Tourou. Du fait de la menace terroriste, ses oncles et tantes se sont dispersés.

A longueur de journée, Habiba Salé ne cesse de louer l’action des forces de l’ordre puisque sans elles, elle serait encore en captivité. Son statut social a positivement changé puisque la captive d’hier, aujourd’hui, est libérée. Elle partage son quotidien avec ces personnes, pour l’essentiel, des femmes, des enfants et quelques vieillards. Les hommes valides, a-t-on appris, sortent très tôt le matin et ne reviennent que la nuit tombée. « Parfois je vais chez mon cousin passer du temps avec lui, après quoi, je reviens ici au Centre social passer le plus clair de mon temps », relate Habiba Salé.

La jeune dame de 22 ans parle déjà de sa reconversion. Mais avant cela, Habiba Salé souhaite faire un tour dans son village afin que les sceptiques puissent la revoir en chair et en os. Comme le Christ ressuscité, elle veut se montrer à ceux-là avec qui elle a partagé des instants avant qu’elle ne soit prise dans les serres de Boko Haram. Habiba Salé veut exercer des activités génératrices de revenus à Tourou où elle se sent plus en sécurité. Mais les fonds pour le démarrage de ces activités n’existent pas encore. Après l’emploi, elle espère aussi se remarier. « Mais le plus important pour moi, c’est d’abord trouver une occupation. Le mariage viendra certainement après », confié-t-elle, le sourire en coin. C’est une nouvelle vie qui commence pour cette dame ; celle-là, loin du cauchemar vécu chez les barbares de la secte Boko Haram.

Par Patrice MBOSSA(CT)

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