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6 novembre 1982-6 novembre 2013 : Trente et un ans « d’épuration » politique au Cameroun

jeudi 7 novembre 2013


La génération transitionnelle d’Ahidjo à Biya parait en voie de disparition. Très peu ont en effet pu résister à la bourrasque de l’homme du renouveau au cours des trente dernières années.

Le 4 août 2013, il aurait fêté ses 82 ans d’existence mais il a quitté la scène plus tôt. François Sengat-Kuo a souvent été présenté comme l’un des artisans de l’ex-Union nationale camerounaise (Unc). De même que cet homme politique prolifique est l’une des têtes pensantes du Renouveau de Paul Biya. Déçu ou délaissé par son « camarade », celui que de nombreux observateurs s’accordent à désigner comme le rédacteur des textes fondamentaux des deux grands partis politiques qui ont gouverné (l’Unc et le Rdpc) a fini sa course au sein d’une opposition alors en front contre le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et dont il a contribué à bâtir les bases et à tracer les perspectives. Surtout, l’homme a fait montre d’une opposition farouche à son ancien camarade Paul Biya. Illustration des carrières politiques sous le régime Biya.

En fait, il ne reste plus grand monde parmi ces hommes qui ont fait la transition Ahidjo-Biya. La plupart ayant quitté la scène. Samuel Eboua aura certainement été des grands cadres politiques de cette époque qui ont subi les pires humiliations sous le régime Biya. Mort et enterré dans l’oubli. Destin similaire pour Victor Ayissi Mvodo qui n’aura pas réalisé son ambition présidentielle, cloué au pilori par un adversaire qu’il méprisait. Comme si la simple pensée d’avoir un destin national était porteuse de germes d’une double mort politique et physique.

Ses anciens camarades ne sont pas les seules victimes de Paul Biya. Ils ont pris le train du Renouveau avec un certain enthousiasme ou par calcul politique. Ont-ils naïvement cru à la promesse démocratique ? Pour la plupart intégrés dans la haute administration et dans les hautes sphères du Rdpc, parti pour lequel ils ont souvent milité avec un zèle débordant, peu parmi ceux de la génération de sexagénaires et cinquantenaires ont résisté eux aussi au vent de l’épuration. Pour des motifs souvent discutés par les experts de la gouvernance Biya, Titus Edzoa, Mounchipou Seïdou, Pierre Désire Engo et bien d’autres croupissent dans les prisons de la République.

Comme un sphinx

Sont-ils coupables de présomptions et accusations portant sur leur gestion de la fortune publique ou payent-ils le prix de leurs ambitions supposées ou réelles du trône présidentiel ? Le débat n’est pas tranché. Néanmoins, une certitude est constante. Lors de leurs différentes interpellations, la génération des Abah Abah Polycarpe, Inoni Ephraïm, Ondo Ndong et autres Marafa Hamidou Yaya ne manque pas de dire sa déception. Elle dont la fougue militante ne souffrait pas de soupçon.

Plus de trente ans après son accession à la magistrature suprême, le Premier ministre « nonchalant » et supposé « malléable » par son mentor Ahmadou Ahidjo s’avère être un sphinx. « L’homme lion » n’est pas loin de ce monstre de la légende d’Œdipe au corps de lion et à la tête humaine. Comme cet autre papillon qui peut s’inféoder à des plantes de nature diverses, « le créateur » des louangeurs du renouveau semble renaître des cendres de ses partenaires politiques d’hier indépendamment des générations dont ils sont issus.

Le constat est là. Paul Biya a réussi l’exploit unique d’user ses aînés politiques (Samuel Eboua, Ayissi Mvodo, Sengat-Kuo, etc.), sa propre génération (les Ngango, René Owona, Philippe Mataga entres autres), ses cadets (Mebara, Abah Abah, Marafa, etc.) et en est aujourd’hui à ceux qu’on pourrait qualifier comme ses fils (Alamine Ousmane Mey, Badjika et Aminatou Ahidjo). Sans que rien ne justifie ses promesses de décollage économique et de modernisation démocratique qui sont la trame de fond de son discours de gouvernance.

Prévarication, incivisme, dérapage comportemental et illisibilité de la perspective politique sont des caractéristiques les plus visibles du renouveau. Des raisons pour le Docteur Guérandi de constater que « le Camerounais des trente dernières années est moins fier et rase les murs, honteux de sa nationalité, plus enclin à la facilité qui l’éloigne de l’excellence. » Cliché ? Pas seulement.


Par Joseph Olinga(Le Messager)

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